Maurice Ravel : œuvres pour piano

 

Disciple de Vlado Perlemuter, Claude Bessmann est une ravélienne privilégiée. Sa lecture inhabituelle surprend parfois, interpelle toujours. Elle conçoit l’univers de Ravel comme un masque que l’interprète se doit de décrypter. Ainsi cherche-t-elle la chair du compositeur derrière la sécheresse de son écriture. Son jeu pianistique subtil, sa sonorité cristalline révèlent parfaitement la sensualité dans la dissonance et la volupté de l’acidité harmonique, car l’artiste a médité son Jankélévitch et maîtrise ainsi l’expression a contrario : l’expressif dans l’inexpressif.

 

Si le Prélude et la Toccata du Tombeau de Couperin ne convainquent guère, c’est qu’elle ne sculpte pas mais caresse et polit son piano. En revanche, une dense intériorité imprègne le Menuet. La rêverie langoureuse au legato parfait (qui nous vaut une très belle valse n° 8) semble se perdre par moment en son for intérieur plutôt que dans celui de Ravel. Qu’importe, si la suspension extatique nous émeut ! Dans la Pavane pour une infante défunte, la pianiste exhale au mieux son sens de l’impalpable et de l’inaccessible. — D.T.

 

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