Article : Vlado Perlemuter

 

Le témoinage de Claude Bessmann, qui fut l’une des élèves de Vlado Perlemuter au Conservatoire de Paris

 

Il n’enseignait pas – au sens commun du terme. Mais lorsque l’échange, la réciprocité s’installaient pendant le cours (il y avait les nôtres, mais aussi ceux des autres élèves : nous commencions très tôt dans l’après-midi et finissions très tard le soir), il s’animait, s’emportait, et le vrai travail technique sur l’œuvre pouvait alors commencer.

 

Il nous a amenés à comprendre et, mieux encore, à sentir qu’il y a un premier temps qui est celui de la lecture rigoureuse et quasi objective du contenu expressif de l’œuvre à travers les signes (accents, nuances, phrasé), qui enrichissent la note elle-même. Et puis, insensiblement, nous allons avoir le privilège de vivre avec lui ce précieux deuxième temps – que nous devrions tous convoiter pour nous-mêmes aujourd’hui : être témoins de l’acte de création chez l’interprète.

 

Il ne cherchait pas devant nous la bonne mesure, mais la pulsation interne de la phrase. Il ne cherchait pas une nuance séduisante pour tel passage, mais son rapport authentique à celui-ci. Nous avons su avec Vlado Perlemuter que l’indicible n’intervenait qu’au prix de l’inlassable questionnement sur le texte et de notre relation transférentielle à ce même texte.

 

Enfin, il n’est pas possible de parler de Vlado Perlemuter sans parler de Maurice Ravel et sans citer la pensée du philosophe Vladimir Jankélévitch sur « l’expression a contrario ». Et lorsque Vlado Perlemuter jouait le thème du premier mouvement de la Sonatine de Ravel, j’entendais immédiatement cette litote expressive qui appartient à la fois au compositeur et à son interprète privilégié, et que je résumerais ainsi : l’éloquence, la tension dite dans la retenue et la pudeur.

 

Et je conclurai en citant à nouveau Vladimir Jankélévitch, son ami, son alter ego qui, dans son livre La Musique et l’ineffable, dit : « La musique a un sens ou n’a pas de sens. »

 

Avec Vlado Perlemuter, nous avons eu la chance d’éprouver ce douloureux sentiment en l’écoutant, en le regardant chercher pour lui, pour nous, tâtonner, mais toujours avancer.

 

 

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