Claude Bessmann se livre corps et âme à la Sonate de Liszt

 

Le Courrier de l’Ouest, 2002

 

ARTS ET MUSIQUE EN BAUGEOIS

 

 

Mercredi, en la chapelle latérale de l’église Saint-Laurent, la pianiste Claude Bessmann a offert à son auditoire l’émotion passionnelle d’un concert virtuose.

 

Dans le plus grand recueillement, la petite centaine d’auditeurs – parmi lesquels quelques touristes anglais et allemands – rassemblés sous les ailes des anges, s’est laissée envahir par les audaces harmoniques et la jungle de sentiments jaillis de la complicité entre le compositeur hongrois et son éminente interprète.

 

« Claude Bessmann nous offre pour la troisième fois à Baugé sa merveilleuse musique. Ce soir, elle se livre à un triple exploit : celui de jouer sur le piano d’une petite association qui ne peut lui offrir un instrument plus convenable, celui de consacrer cette soirée à un seul compositeur, Franz Liszt, et, enfin, celui de prendre à bras le corps une Sonate dont elle est une des rares interprètes féminines », explique Guy Bordas en présentant la pianiste à la carrière internationale.

 

En première partie, Claude Bessmann interprète la « Légende de l’ermite Saint-François de Paule ». Le dos ployé sur le clavier, le corps aux aguets, les mains tempêtent puis s’apaisent en ondes. Suit, légère, la « Danse des lutins » où les doigts, croisés, dans d’acrobatiques poursuites, sautillent en graves et aigus jusqu’à la note cristalline du final.

 

Une mélodie déchirée

Regard lumineux, sourire tranquille, la pianiste entame la deuxième partie du concert, toujours sans partition. Elle entraîne l’auditoire au cœur de la Sonate en Si mineur de Liszt, une œuvre de maturité et de passion. Regard par-dessus bord, Claude Bessmann corps et âme dans cette traversée de quarante minutes, suivant entre les orages et les éclairs la petite musique de nostalgie lancée par le poète musicien.

 

Des grains de bonheur se choquent avec les grondements intérieurs. Le corps soulevé accompagne les accords plaqués. Un salut au clair de lune pour dire la souffrance, le regard de l’interprète emprunte pour implorer le ciel un chemin de notes égrenées. La prière part en rafales virtuoses. Les mains, crabes et agiles, sèment rages et espérances.

 

« Liszt ne peut être comparé à aucun autre virtuose. Il provoque l’effroi et l’étonnement. Sa passion ne connaît aucune limite. Il blesse souvent le sentiment du beau parce qu’il déchire la méthode… Son art est sa vie », a écrit en son temps Clara Wieck, la femme du compositeur allemand Robert Schumann.

 

Claude Bessmann, épuisée par l’effort, trouve encore l’énergie d’offrir à ses auditeurs, qui, subjugués, la rappellent, un morceau de Ravel. « Ravel aimait énormément Liszt », dit-elle simplement, se « trahissant » elle-même…

Antoinette Masteau

 

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